Trois carapaces autour d'un cœur en pleine confusion : étiologie et structure d'une paranoïa.

 

Critique en mars 2006

Avec le recul du temps, après surtout d'autres lectures et d'autres expériences avec d'autres pervers, je constate que cet article reposait sur les nosographies courantes, et que celles-ci sont largement divaguantes, vous entraînent à décoller de la réalité. En particulier, à l'époque de cette rédaction, je n'avais pas encore perçu que la perversité et les relations perverses, le sadisme organisé, sont les plus grand oubliés des nosographies courantes, telles que la CIM 10 et le DSM IV. En réalité, les cas que je décris sont d'abord des perversités, l'une sur fond de jalousie paranoïaque, les autres sur fond d'histrionisme. A l'époque je n'étais pas encore averti du destin fréquent des hystéries vers la perversité et la persécution organisée. Il ne m'est désormais plus possible de les ignorer.
La nosographie de l'époque - toujours largement admise du reste - reposait sur le mythe méprisant du "délire de persécution". Toute personne qui relatait une persécution subie, était, sans enquête, immédiatement cataloguée délirante. Cela faisait rudement bien l'affaire des authentiques pervers persécuteurs : toutes leurs victimes étaient immédiatement disqualifiées, en se dispensant de la moindre enquête factuelle.
Ces nosographies ne répondront jamais aux besoins criants, tant qu'elle tairont complaisamment l'organisation sociale de la perversité, tant qu'elles se dispenseront de l'étude ethnopsychiatrique réflexive de leurs propres insertions dans des demandes sociales, y compris de puissantes pressions par des organisations fondées sur la perversité.
Voir l'article en développement sur les trous de la nosographie, et la variété des pervers histrioniques :  http://jacques.lavau.perso.sfr.fr/Pervers_histrioniques.html

7.1.    Définition empruntée.

La définition suivante est empruntée au dictionnaire de psychiatrie (Dr Jean Thuillier. La folie. Histoire et Dictionnaire. Robert Laffont), ici tronquée :

PARANOÏA : Psychose chronique caractérisée par un délire systématisé, sans hallucination ni affaiblissement intellectuel. La paranoïa occupe une place particulière au sein des délires chroniques : celle de l'archétype des délires systématisés, paralogiques et donc potentiellement admissibles par autrui. Si le thème délirant y est dominé par la persécution, peut-être vaudrait-il mieux parler des paranoïas afin de rendre compte d'une réelle pluralité clinique. Malgré une base psychodynamique commune, l'espace clinique est considérable, du délire ou de la quérulence jusqu'à la paranoïa sensitive, en passant par les délires passionnels.

(...)

Le délire d'interprétation.

C'est une psychose chronique systématisée à caractère pseudo-logique. L'âge de début des troubles est relativement tardif (30 à 40 ans), surtout par rapport aux formes d'entrée de la schizophrénie. Son développement est progressif et insidieux, d'autant qu'aucun mécanisme bruyant de type hallucinatoire ne se déclare. La conviction est inébranlable, les thèmes persécutifs et mégalomaniaques sont les plus courants. Dans de rares cas, d'autres mécanismes peuvent s'associer, telles des illusions ou des hallucinations.

(...)

L'évolution de la paranoïa dépend bien évidemment de sa forme. Toutefois, deux constantes doivent être évoquées qui sont la résistance globale au traitement, en particulier neuroleptique et le risque de passages à l'acte médico-légaux.  (...)

La tradition qui bride la validité de ces tentatives de définitions, est hélas intrapsychique à outrance. Conformément aux présupposés médicaux, le « fou » est supposé seul porteur de sa folie, et celle-ci est supposée être la sienne propre, isolée. Ces préjugés font fi des dynamiques familiales, de l’assignation à un enfant d’exprimer et d’accomplir la folie d’un de ses ascendants, et négligent les délires interpsychiques, familiaux et groupaux, voire sociaux, comme les sectes et les religions savent en générer.

 Critique 2006 :

La suite de l'article ne traitera pas de trois sous-type classiques : ni les délires des inventeurs (auxquels on peut bien ajouter ceux des savants fous, au moins ceux que je connais), ni l'érotomanie, ni le "délire des gouvernantes". Pour la suite, nous allons désormais distinguer les authentiques pervers paranoïaques, des histrioniques pervers, avec qui des alliances se nouent souvent. Enfin nous mettrons en lien ces pervers avec leurs cibles préférées, et avec les lâchetés et complicités qui leur garantissent l'impunité au long cours.

7.2.    Dettes et remerciements.

Ce qui a rendu cette synthèse possible et nécessaire, ce sont les questions posées, guère par l'entourage, mais surtout suite à mes interventions sur des forums internet. J'ai pu mesurer l'ignorance générale concernant cette maladie mentale qui a envahi mon ménage et mes enfants. Quand les interprétations par le public me paraissaient incorrectes, elles m'ont obligé à lui présenter bien plus de choses. J'ai pu voir l'insuffisance du modèle à deux couches, présenté dans les pré-versions précédentes de mes Mémoires. Harold F. Searles (L’effort pour rendre l’autre fou) nous a montré, pour l'autre famille de psychotiques (les schizophrènes), que le moteur de cette évolution est un bébé en pleine panne de différenciation d'avec le monde extérieur. Il nous a montré la structure de base du délire paranoïde : croire qu'on vous vole tout, parce qu'on croit que tout est à vous, que tout fait partie de votre propre corps, alors que tout vous désobéit et disparaît. Voilà donc le cœur confusionnel, qui est bien au centre de tout paranoïde primaire, et non - comme je l'ai cru et exposé lors des précédentes pré-versions de mes mémoires - la carapace de haine systématisée que ce cœur confusionnel anime pour se protéger, et pour se trouver un semblant de cohérence. Enfin, le livre de Claude Olievenstein (L’homme parano) insistait suffisamment sur la différence de dangerosité entre les délires paranoïaques qui n'ont pas de prise sur la société, et ceux qui en ont beaucoup, tels que ceux de Staline, de Sékou Touré, et bien d'autres dictateurs sanguinaires. Voilà donc la quatrième couche : l'entourage en relation de manipulation réciproque, mais justement cela nous ramène sur la spécialisation aux pervers paranoïaques, qui eux sont de vrais tacticiens du pouvoir.

 

7.3.    Restriction sur le corpus d’observation.

Etalée sur trente cinq ans, ma propre observation fut longtemps restreinte au délire de jalousie généralisée, qui aboutit à désigner un petit nombre de personnes comme "La mauvaise personne", supposée haïr et persécuter le sujet en proie à ce délire, et contre qui le sujet aurait "bien raison" de monter toutes les représailles, toutes les destructions et toutes les rapines possibles. Ce délire est donc basé sur une hypothèse inverse de celle qui fonde l'érotomanie, et on pourrait lui donner un baptême similaire, basée sur le mot grec signifiant "haine". Ce cas de figure recouvre donc des comportements pervers systématiques, dont le mobile est paranoïaque, mais dont les descriptions cliniques dans la littérature n'ont pas forcément été rattachées à la paranoïa; typiquement, c'est le cas d'Adolf Hitler.

Dans cette famille, un rôle complémentaire devint essentiel, celui de l’espion principal, tel Béria auprès de Staline, ou Harry Bennett auprès de Henry Ford. Ici, ce fut la fille aînée qui fut chargée de ce rôle. « Frédégonde » n’a souffert d’aucune malveillance familiale dans son enfance. Le rôle de deux instituteurs est moins propre, notamment en CM2, où un sadique notoire mina l’estime de soi de la fillette. A l’adolescence, ce fut surtout une voisine (Alie Boron dans la Monographie) qui la façonna selon ses besoins (pervers), en l’instiguant contre ses deux parents, ce que la mère exploita en redirigeant Frédégonde comme déléguée à la violence conjugale contre son père. La suite plus loin.

Le restant du corpus d’observations fut fourni par le Net. D’une part, sur plusieurs forums, j’ai pu étudier des « gangs » (en québécois ce n’est qu’une équipe, un groupe fusionnel, sans la connotation criminelle en usage chez nous) dont le sentiment lieur était une paranoïa partagée. Enfin, il existe des sites consacrés exclusivement à la paranoïa collective. Les premiers que j’ai étudiés étaient exclusivement consacrés à la variété victimaire du féminisme, extrêmement belliqueux et paranoïaque, dont Valerie Solanas a été le premier exemplaire largement connu. C’est là un corpus fort volumineux, voire écrasant. Puis est surgi un cas monumental de perversité histrionique, et ses alliances faciles avec d'authentiques paranoïaques, ce qui remanie la catégorisation initiale.

 

7.4.    Le modèle en trois carapaces.

Tel que l’auteur en a la pratique, un paranoïaque pervers est structuré en quatre couches, dont les plus externes peuvent manquer. Les skinheads présentent la structure la plus pauvre : un cœur de confusion mentale, fixée à l'âge de non-différenciation du bébé ou de l'enfant d'avec l'environnement extérieur (parents, fratrie, et objets) qui le maltraite avec malveillance, une couche de combativité et de haine activiste, structurée pour donner une apparence de cohérence au cœur dissimulé, et pour déjouer le risque de désespoir et de dépression. On cogne avec constance et acharnement sur des boucs émissaires, pour cacher qu'on a les raisons les plus confusionnelles pour haïr précisément ceux-là.

 

 

Selon Olievenstein : « La violence du paranoïaque est une violence dépressive. Derrière la rigidité se dissimule un tout petit enfant qui n’a pas fait sa place au soleil, angoissé de tout, soumis comme si cela était évident, à des attaques multiples, des stress d’autant plus graves qu’ils n’ont pas pu être verbalisés, ou l’ont été d’une manière inadéquate. Aussi organisé qu’il semble l’être, le parano est en déshérence, cramponné à ses certitudes (...) Sa conviction rigide témoigne d’un deuil qui ne peut se conclure ni se sublimer. »

M. F. Irigoyen a souligné, pour le cas des paranos qui se spécialisent dans le mode pervers, l’abandon de la plupart des fonctions affectives mammaliennes, et le repli sur les seules « valeurs » et manières d’être reptiliennes : dissimulation, voix froide et inexpressive, visage vidé d’expression, concentration des propos sur les reproches et les persiflages, prédation, ruse, cruauté, acharnement à trouver et à exploiter chaque point faible de la proie…

Le cas familial étudié a montré que le cœur de frayeur et de confusion n’est pas nécessairement personnel à la personne, et peut être étranger à sa propre biographie, mais être en réalité délégué par un parent, ou par quelque personne qui ait autant d’emprise qu’une mère en a couramment. Dans ces cas d’emprise, la carapace filiale de haine est chargée de donner cohérence à la confusion de la mère (resp. du père).

Enfin, les détails récemment disponibles permettent de prédire une structure différente pour les histrioniques pervers, alors que leur sadisme très actif, leur habileté à prendre le leadership dans des groupes en régression d'attaque-fuite, ainsi que leurs délires et mythomanies peuvent les faire confondre avec des paranoïaques. Leur violence n'est pas dépressive, mais est une stratégie de parasite, pour pomper la vie de leurs victimes.

Les paranoïaques socialement intégrés, ont au-dessus une troisième couche, de respectabilité : pour ne pas se faire pincer, pour éviter les punitions sociales dues à la couche de haine trop visible.

 

 

Concernant Gazonbleu (le sujet de cette étude de longue durée : trente cinq ans), c'est cette couche-là que le narrateur a épousée, ne soupçonnant pas bien les deux couches plus profondes. Le résultat était fort gauche et disharmonieux, mais avec des formes de courage qui étaient sympathiques. Et elle était tombée amoureuse de son moniteur d'escalade (le narrateur), qui finit par céder. Puis sa mère mourut, donc plus moyen de se chamailler et bagarrer avec elle, donc plus de positionnement clair d'avec « la mauvaise mère ». C’est l’employeur qui prit en premier le relais comme « mauvaise mère », et Gazonbleu multiplia les larcins dans les établissements où elle enseignait.

Gazonbleu n'a jamais su pourquoi elle a entamé une thérapie avec l'Institut Primal à Paris, mais quatre mois après, ils l'abandonnaient froidement au début du gué. Gazonbleu eut alors le réflexe tacite et définitif de refermer tout accès à des sentiments, mettant son plus solide bouchon dessus, et notamment resta en panne quant à l'accès aux aspects « bonne mère », et l'affection frustrée qu'elle gardait envers feue sa mère. En quelques années, c'est contre le narrateur qu'elle se retourna : c'était le narrateur qui était devenu « la mauvaise personne », chargé d'être coupable de toutes les difficultés de la vie, et d’être la cible de toutes les violences, tentatives d’assassinat inclusivement.

 

C'est alors qu'intervient la quatrième couche, d'autant plus dangereuse que le paranoïaque est bon tacticien du pouvoir : le pouvoir perverti, la cour, les courtisans, la clientèle, les parasites qui ont besoin de lui pour avoir un peu de puissance malsaine. Pour Joseph Staline, la quatrième couche était tout le système de terreur et de répression de l'URSS. Ce système de terreur vit en symbiose avec le paranoïaque, et l'exploite autant qu'il est exploité par lui. Béria s'est trouvé une niche qui dura jusqu'à la mort de Staline : le chef des espions est indispensable pour former au dictateur vieillissant l'image des complots qu'il rêve de punir. A la limite, le paranoïaque puissant arrive à sécréter et diriger une organisation paranoïaque à son service.

 

 

Par chance, la plupart des paranoïaques ne parviennent pas autant à organiser le monde autour de leur maladie mentale. Gazonbleu recruta les aînés des enfants comme unanimité de guerre contre leur père. Frédégonde en a gardé cette seule identité : Je suis l'engin de guerre contre papa. Le résultat général est un désastre; pas seulement pour le père, mais surtout pour les enfants, et même pour la mère. Les deux femmes ont vécu ensuite en symbiose de haine commune, de chantages réciproques. Surtout depuis 1997, Frédégonde devint les yeux et les oreilles, capable de former à la dictatrice vieillissante l'image des complots qu'elle rêvait de punir. La petite dernière subit donc sans recours ni antidote, la propagande fanatique distribuée par Frédégonde, sous la protection de Gazonbleu, et la surenchère de calomnies sur son père, que les deux femmes renchérissent à tour de rôle, dans leur lutte à mort pour le pouvoir, lutte dissimulée sous le lynchage du bouc émissaire.

J'ai pu constater comment ce modèle rend compte des soupçons si spectaculaires dans certaines variétés de paranoïa, mais les place dans un contexte plus large, plus général : il s'agit non seulement d'un apprentissage infantile, généralisé à l'ensemble du monde, ainsi qu'il l'était déjà assez bien connu (et souligné dans le grand public par Arthur Janov, par exemple), d'un déplacement dans le temps "si père et/ou mère me maltraitaient avec malveillance, alors tous les humains sont pareils, et je dois me défier de tous", mais aussi d'un déplacement de l'intérieur de la personne vers l'extérieur. La couche de respectabilité de façade puise dans son inépuisable couche sous-jacente de haine, tous ses mauvais sentiments et toutes ses intentions pernicieuses, pour les attribuer à quelque personne extérieure. Ainsi certains paranoïaques parviennent à une gestion perverse et fine de leur délire : ceux-là parviennent à choisir sélectivement les cibles d'un tel déplacement, et être plus qu'odieux envers ceux-là seulement, et être beaucoup plus neutres et incolores envers le restant du monde, voire couards, et ainsi ne pas se faire prendre, ailleurs. Telle est Gazonbleu. Telle la paranoïa perverse : finement sélective dans le choix de ses victimes.

 

7.5.    Quand de grands espoirs semblaient autorisés.

Des deux côtés, les actes du nouveau couple avaient la génération précédente comme cible de démonstration.

Du côté du narrateur, les problèmes des deux générations précédentes portaient sur la guerre des sexes, les coalitions transgénérationelles, et deux divorces très conflictuels avec recrutement des enfants dans la guerre conjugale.

 

 

 

Genevrier était animé par une motivation en « Plus jamais ça ! les bagarres et griefs désolants que j’ai constatés à la génération précédente », et pouvait sans problème transférer la démonstration à l’intention de la génération suivante.

 

Tandis que la démonstration de Gazonbleu restait dans une problématique incestuelle, et n’était pas transmissible de façon saine :

 

 

La symétrie des deux démonstrations n’est que superficielle. Les raisons initiales d’un mariage ne sont pas forcément celles qui le font solide et durable. Un amour, cela se gère en dynamique, à mesure des raisons de rechange, qui interviennent au cours des maternités et paternités, à mesure que la relation et la sexualité demandent de plus en plus d’intelligence émotionnelle et relationnelle. La suite a prouvé que Gazonbleu, après décès de la cible de la démonstration (sa mère), s’est trouvée à court de raisons de rechange, et a déshumanisé puis disqualifié le lien conjugal au profit de l’enchevêtrement incestuel.

 

7.6.    Les carences indispensables

Ne devient pas psychotique qui veut. Il faut naître dans une famille idoine, surtout d'une mère idoine, et il faut rencontrer dans sa croissance des circonstances propres à renforcer plusieurs infirmités et carences. Pour le cas des familles à interaction schizophrénique, Jay Haley en donne l’évocation saisissante (Tacticiens du pouvoir) :

« Des revues spécialisées ont décrit dans le détail la famille qui fournira le futur schizophrène. Ces données scientifiques se résument comme suit. Dans la rue, nul trait ne distingue les membres de ces familles. Par contre, groupés, ils montrent immédiatement une allure significative. Il s'agit d'une sorte de tristesse vague et bizarre qui cache, sous le vernis de l'espérance et des bonnes intentions, une lutte à mort pour le pouvoir, teintée d'une note permanente d'ambiguïté.

Une image centrale, la mère, domine cette configuration familiale...  ».

Dans les luttes à mort pour le pouvoir qui marquent sa vie, le futur paranoïaque commence par emprunter à ses premiers dominateurs et abuseurs, leur frousse qui se compense par une perpétuelle escalade vers la position haute, quitte à écrabouiller toutes les autres têtes, et quitte à écraser tout respect de la vérité.

Et la genèse du futur pervers ? Là, inutile de se précipiter en compétition de compassion, en "Oh ! Mais qu'est ce qu'on t'a fait mon pauvre petit !"... L'expérimentation révèle vite que de nombreux futurs pervers ont été élevés soit en enfant tyran, martyrisant ses deux parents, ou son unique parent, soit en exécuteur des basses oeuvres, chargé par un parent (ou grand-parent) de molester et persécuter l'ou ou l'autre de ses parents, voire les deux simultanément. On l'a élevé en voyou protégé, exploité comme bourreau. Dès les débuts, le futur pervers a de l'inavouable sur la conscience. S'en vantera-t-il ? Ou sera-t-il obsédé de le dissimuler, puis d'éliminer un à un tous les témoins gênants. Deux destins opposés.

Variantes et intergrades : La biographie d'Adolf Hitler combine les deux dominantes précédentes : d'une part enfant férocement battu par son père, d'autre part chef de bande d'enfants féroces et guerriers. Puis paumé à Wien, puis paumé  à München, puis faussaire de sa propre biographie...

 

7.6.1.            Carencement en autocritique et en réflexivité.

Notre spécimen de jalousie paranoïaque était particulièrement carencée en modèles d'autocritique et de repentir.

Exhibons le contraire : dans le roman de guerre "HMS Ulysses", relatant le calvaire d'un convoi de ravitaillement de Mourmansk par le Cap Nord, l'amiral lâche désabusé "... en attendant ma prochaine erreur de jugement ! ". Tel est la réaction d’un homme qui n'était pas carencé en logique réflexive : il incluait ses défauts et ses limitations dans son raisonnement et dans ses communications. Tel est le portrait d'un homme qui ne peut produire de futur paranoïaque dans sa dépendance et sa descendance, un homme qui montre par l'exemple qu'il n'est pas dangereux de se connaître soi-même. Redisons-le en terminologie de Winnicott : voilà un homme qui a accès à la position dépressive. En termes plus simples et plus clairs : Voilà un homme qui a accès à la phase de désillusion.

Alors qu'un parent de paranoïaque, tel que le fut la mère de Gazonbleu, enseigne par l'exemple la conduite : "Je n'ai pas besoin de savoir qui je suis, car je sais que l'autre est la mauvaise personne à 100%. Et pour tous les besoins pratiques, cette connaissance me suffit".

 

7.6.2.            La carence en sécurité, en âge précoce.

Il ne suffit pas de maltraiter un enfant avec une malveillance constante pour en faire un futur paranoïaque. Il faut le faire à l'âge critique, avant que la différenciation du bébé ou du jeune enfant d'avec l'environnement (environnement humain : mère, père, fratrie, parentèle, et environnement non humain, objets et lieux), soit achevée. Olievenstein cite l’un des mobiles de ce qui est arrivé au sujet de cette étude de longue durée : Gazonbleu venait à la place d’un aîné mort, et elle n’était pas du sexe désiré. La persécution par la mère se composait d’une instabilité et d’un double jeu imprévisibles, d’une interdiction d’avoir une intimité, d’un comportement constamment intrusif, de la plainte permanente que l’enfant soit méfiante et peu aimante. Sans préjudice éventuel d’autres maladresses antérieures à la parole chez Gazonbleu, qu’elle aurait donc été incapable de mémoriser explicitement, et de métaboliser par la mise en mots.

Si vous laissez persécuter un enfant de six à dix ans, et par une personne qui ne soit pas trop proche, en tout cas pas par la mère, vous produirez évidemment des avaries, des infirmités relationnelles, mais vous en ferez autre chose qu'un paranoïaque. Vous en ferez par exemple un timide, un bègue, un différenciateur qui se refuse à entrer dans une majorité, et a fortiori dans une unanimité (ça lui rappelle bien trop les unanimités pour courir sus aux boucs émissaires : "Allez les gars ! Tous sur Untel ! »). Vous pouvez en faire un non-danseur : l'expérience violente lui aura appris que les pieds c'est fait pour fuir les coups ou pour les rendre, et il ne voit vraiment pas l'intérêt de tant d'agitation mièvre pour, au bout du compte, rester sur place, pour ne même pas fuir le petit enfer scolaire où on le force à rester. Vous pourrez produire encore bien d'autres infirmités petites ou grandes, mais vous n'en faites pas un psychotique : cet ancien persécuté fait une distinction claire entre lui et les autres, il sait toujours qui il est, et qui sont les autres. Bien sûr, un psychanalyste pourra bien essayer un de ses trucs favoris pour rendre l'autre fou, du genre : "Encore des résistances ! Mais qu'attendez-vous pour avouer que ces infirmités font partie de votre personnalité ? Qu'attendez-vous pour reconnaître qu'elles font partie de vos désirs refoulés ?". Autant tenter de convaincre le narrateur que les épines d'oursin dans son genou, qui déclenchent une suppuration, feraient partie de son moi profond, et de ses désirs refoulés. Ou tenter de convaincre le trappeur que la pointe de flèche Pawnee restée coincée entre deux de ses vertèbres, fait partie de lui, et de ses désirs refoulés. Ecorcher vif un enfant ne l'oblige pas à perdre conscience de qui il est, ni qui l'a estropié moralement. L'infirmité relationnelle peut rester vécue comme une contrainte imposée de l'extérieur, et ne jamais devenir LA personnalité. Sa victime espère toujours se défaire de l'infirmité qu'on lui a imposée. Exactement comme des épines d'oursin plantées dans votre genou, ni ne deviennent votre ADN, ni ne deviennent "vos désirs cachés que vous feriez mieux d'avouer". Avec ou sans purulence, on est toujours soulagé de voir sortir de votre peau les épines d'oursin...

Alors qu'en bon psychotique, le paranoïaque ne sait plus faire de distinction entre son identité, et ses symptômes. Critiquer sa maladie mentale, c'est attenter à sa personne, estime-t-il. Ayant fréquenté de nombreuses années le narcisse si chatouilleux d'une paranoïaque, je critique la formulation naïve "hypertrophie du moi" dans la définition française de la personnalité paranoïaque[i]. Bien au contraire, c'est d'un énorme carencement de la perception de la structure et de l'histoire de soi, qu'il s'agit.

 

7.6.3.            Obtenir une désorientation dans le temps.

Il a déjà été décrit, par exemple au § 5.9.2, Tome 1, "Confusion des mobiles", comment Gazonbleu justifiait l'augmentation constante des brimades, par l'invocation de tel ou tel incident vieux d'une vingtaine d'années. Nous n'avons pas repris dans ces mémoires le courrier du 25 juillet 1998, relatant comment Gazonbleu justifiait ses larcins d'octobre et novembre 1997, par le soupçon qu'ultérieurement le narrateur aurait peut-être emporté bien davantage de ses biens personnels dans sa chambre d'étudiant, en décembre de la même année.

On peut en conclure provisoirement, que ces désorientations seraient surtout dues au besoin de la couche trois, de respectabilité, de camoufler les pulsions venues de la couche deux, de haine flottante en quête de cibles. Ma conviction est que cela ne suffit pas, au moins pas dans ce cas, et que la désorientation répond à des besoins plus archaïques.

Tant que sa mère fut vivante, Gazonbleu put la critiquer avec précision, en soulignant toutes ses limitations, et détaillant quels travers furent malfaisants. Le monde de Gazonbleu était simple : sa mère n'était pratiquement jamais bonne. La mort de Couzette confronta Gazonbleu à des sentiments nouveaux : elle perçut alors un peu de l'affection brimée, qu'elle éprouvait pour cette mère bornée et disparue. Elle perçut combien elle avait encore besoin de cette personne. Alors commença pour Gazonbleu une longue amnésie. Elle perdit le plus gros du contact avec les aspects "mauvaise mère" de la défunte.

Pas de quoi en faire une désorientation ? Attendez l'Institut Primal.

Arthur Janov et sa seconde épouse France Daunic décidèrent d'implanter un nouvel établissement à Paris, comme cadeau de noces à France. France Daunic est une des traductrices de Janov, capable de produire des trucs carabinés comme "véritablement l'intensité du voltage" pour décrire le fonctionnement du cerveau. Gazonbleu ignore encore pourquoi elle décida d'entrer en thérapie. Gazonbleu n'avait jamais pris le temps de lire elle-même "Le cri Primal", mais elle se contenta de faire confiance à son interprétation de l’interprétation que son époux faisait de sa lecture. Et surtout, surtout, elle voulut passer devant le narrateur. Elle passa donc devant. Le paradoxe est que cette blonde platinée, F. Daunic, se convainquit que Gazonbleu était "très près de ses sentiments". Si, si ! Gazonbleu ! Gazonbleu resta fort imprécise sur ce tel "très bon feeling" dans lequel elle rentrait. Le narrateur est donc réduit à lui-même pour conjecturer qu'il s'agissait d'heureuses sensations de bébé en bon contact avec une mère, d'une animalité correcte.

Mais en décembre 1982, le même Institut Primal abandonna froidement Gazonbleu au début du gué. En effet, Gazonbleu ne semblait pas disposée à quitter son mari aussi promptement que la secte primale l'exigeait. Et Gazonbleu referma la parenthèse avec une brutalité inouïe. D'un seul coup, elle se referma, et bannit de sa vie tout ce qui pouvait ressembler à un sentiment, à une introspection, à un souvenir précis. Elle mit le plus solide bouchon sur ses sentiments. Ce qui permit aux ruminations de fermenter au pire, au long cours. De cette fermeture de décembre 1982, date l'amnésie totale et définitive concernant l'enfance de Gazonbleu, et d'autres symptômes, tels que le début de son obsession d'interdire toute conversation à table. Or, le besoin de cogner sur une « mauvaise personne », n'était pas éteint. Dans les années 79-80 et quelques, Gazonbleu se vengea sur son employeur, en multipliant les larcins dans les collèges où elle enseignait. Puis Arthur repartit aux Etats, pour refaire cadeau d’un Centre Primal, à sa première épouse…

 

Autre exemple de désorientation temporelle associée à une position de perversité paranoïaque :

Deux mémoires ont été consacrés par le même auteur aux phénomènes de gang sur deux forums internet. Le premier, lyonnais (WWMMS : WorldWide Matchmaking Service), était remarquable par la position de base attaque-fuite qui y dominait, et les mœurs qui y redevenaient cloacales en quelques jours. Or l’exemple venait largement d’en haut, de la patronne et de la ouebmaistresse qui étaient fixées sur la dissimulation d’une position de base attaque-fuite. Sans analyse plus détaillée que celle de ses actes sur le site, on pouvait remarquer non seulement la désinvolture, l’enflure narcissique pyramidale, mais aussi la désorientation dans le temps, et l'accumulation de ses griefs fantasmagoriques. La position de base paranoïaque est bien étrange pour une agente matrimoniale, mais c’est son problème. Les circonstances stressantes qui favorisaient l’égratignure du vernis de sourires commerciaux, incluaient certainement un risque commercial important, et la surcharge de travail due à l’ouverture du site WWMMS. N’oublions pas le risque juridique possible, lié à la traite matrimoniale des femmes russes et ukrainiennes.

La désorientation dans le temps, semble être la signature de l'âge auquel la personnalité malade est régressée : avant la maîtrise du langage, des temps grammaticaux, et de l'orientation dans le temps long. Elle répond à un besoin de censure de cette époque là. Du moins quant au paranoïaque d’origine, alors que c’est le plus souvent faux quant aux paranoïaques suiveurs : ceux qui sont faibles d'esprit (ou enfants) ne sont qu’actionneurs du paranoïaque auquel ils collent, tandis que les pervers à couverture paranoïaque profitent à fond des carences de jugement du paranoïaque, pour leur stratégie de puissance.

Olievenstein confirme que cette désorientation dans le temps sert à dénier toute l’histoire individuelle et familiale. Le narrateur confirme que cette désorientation dans le temps se transmet trop bien à la descendance soumise au parent paranoïaque. S’il détient suffisamment de pouvoir de terreur, le parent paranoïaque obtient facilement l’amputation de la mémoire autobiographique de ses enfants, leur crédulité au corps de propagande et de haine qui est nécessaire à la dictature. Donc attention : pour ces enfants, la désorientation dans le temps ne signe pas vraiment l’âge de leur régression, mais l’âge de la régression du parent paranoïaque et dominant.

 

7.6.4.                              Un problème de frontières : quelle peau ?

Quoique frappant, le symptôme n’est pas spécifique. Nous sommes tous inégaux, déjà pour des raisons génétiques, dans les réactions de nos peaux aux agressions externes, et  aux conflits internes. Mais il est reconnu aussi que la peau est un organe d’expression psychosomatique.

Gazonbleu resta toute sa vie inquiète de ses frontières, et hypersensible et méfiante dans sa peau. On ne me croira pas, mais le fait est que Gazonbleu détecte en approchant la main si un conducteur isolé (ici la résistance d’un grille-pain, interrupteur monopolaire ouvert) est relié à la phase ou au neutre. Elle a des réactions violentes si elle touche un tissu de nylon au grain trop gros.

Gazonbleu détailla un comportement maternel constamment intrusif, avec interdiction de toute intimité : « Enfin ! Pourquoi tu fermes ta porte ? Qu’est-ce qu’une fille a à cacher à sa mère ! ».

D’autres interventions, bien mieux intentionnées, lui restèrent sur le cœur : sa maman était couturière, et lui faisait ses vêtements. Mais Gazonbleu insiste que « mais elle n’avait pas le chic. C’était ample, c’était informe. Le résultat est que j’avais toujours honte de moi. » Madame mère n’aimait pas le corps humain, et ne tolérait aucune sexuation du corps, ni la masculine ni surtout la féminine. Madame mère n’avait vécu que dans un monde dangereux et triste. Besogneuse austère, elle avait peur d’un peu tout, et ses éclairages étaient très limités. De part et d’autre, les maltraitances conjugales étaient inconscientes et sans issue : involontaires, mais il leur était inimaginable de faire autrement.

 

7.7.    Pour l’évolution vers la perversité.

7.7.1.   Il faut incorporer son ancien persécuteur.

Introjecter les trucs et les astuces de la puissance et de l’abus. Ainsi mon spécimen s’est mise à imiter de plus en plus fidèlement les pires aspects de sa mère, sa sottise péremptoire, ses contractions de mâchoires, ses tics de langages, sa manie de l’intrusion et de l’espionnage de tout... La voix a évolué différemment du modèle, bien plus brève, et glaciale. Tandis que sa mère contrebalançait ses défauts, et les horreurs qu’elle lançait, par des naïvetés, des repentirs partiels, et des supplications tardives dans la voix, ceci n’a justement pas été imité : pas assez persécuteur, pas assez absolutiste pour les besoins de Gazonbleu.

Le cas de cette malheureuse est encore plus compliqué : elle a dû incorporer une autre persécutrice, sa fille aînée. Nous renoncerons à démêler les jeux de chantages, contre-chantages, et barbichettes entre les deux femmes, leurs échanges de délires et de mythomanies. Le diable s’y retrouverait peut-être. Nous ne sommes que des humains. Le tribunal pénal et ses experts psychiatres aussi devront renoncer : inextricable !

Dans quelle couche introjecte-t-on son ancien persécuteur ? Il semble que les trois carapaces soient de bonnes candidates, dans l’ordre chronologique, et de profondeur : d’abord la plus profonde, la carapace de haine, celle de respectabilité convient ensuite, mais la troisième aussi peut prendre des introjects.

 

7.7.2.   Il faut s’être orienté vers la haine, comme façon de vivre.

Il faut avoir trouvé que la carapace de haine était une première réponse satisfaisante aux difficultés de la vie. Un cas assez bien détaillé est celui – hélas post-mortem - de Jean-Claude Beaussart, détaillé dans le livre co-écrit par sa fille Ida, et par Françoise Hamel. On lui trouve notre schéma en trois carapaces, alors que la structure mentale semble avoir été différente. Il adhérait à une vision persécutrice du monde, sous prétexte d’être persécutés, fournie par un parti néo-fasciste, le PFNE. En famille, il était méfiant, persécuteur, pervers, terrorisant l’entourage et les voisins. Toutefois, il déprima profondément et dut être hospitalisé pour dépression, suite à un chômage persistant. Or, outre le contexte fort douloureux du pays minier, ses difficultés professionnelles venaient aussi de sa violence impulsive. Jean-Claude Beaussart eut une adolescence des plus difficiles, obligé de voler à dix ans pour pouvoir manger, et durement violenté par son frère aîné. Le résultat fut avant tout pervers : Jean-Claude Beaussart aimait faire souffrir et terroriser, et personne n’était à l’abri. Sous réserves que le livre de Françoise Hamel et d’Ida Beaussart soit fiable, ce qui hélas n'est nullement garanti. Il a même été prouvé depuis, par Ida en personne, que le récit publié est amplement bidonné : en réalité la personne qui a tiré au 22LR fut la mère, et non Ida, qui s'est sacrifiée devant les gendarmes et la justice… Il est à craindre que le restant du récit soit entièrement semé de mensonges du même ordre.

Concernant Gazonbleu, l’orientation vers la haine et sa dissimulation à l’adolescence semble bien plus légère, sans qu’on puisse y déceler la condamnation à un destin de jalouse paranoïaque.

Caractéristique encore de la régression reptilienne (voir annexe 1), cette fuite devant la parole (On parle pas à table !), qui est désormais restreinte aux seules invectives de dévalorisation, autrement dit à qui sont retirées toutes les fonctions linguistiques supérieures, fonction sémantique, fonction phatique, fonction métalinguistique, pour ne garder que l’appui à la seule communication analogique antémammalienne, non sémantique, et restreinte à l’affirmation de domination, d’hostilité, et d’appropriation de la totalité du territoire. Les lèvres de Gazonbleu aussi avaient disparu : trop sensuel, les lèvres... Depuis des années l’écoute était restreinte à la seule évaluation : Est-il soumis ? M’obéit-il ? Ou se rebiffe t il ?

Même les stages « de psychologie » peuvent être utilisés à des motivations reptiliennes d’attaque-fuite. Gazonbleu ne s’intéressa à l’Analyse Transactionnelle que pour mieux mordre, pour affronter les autres fonctionnaires avec la mâchoire assez tenace pour toujours emporter son morceau. Mais l’adversaire vaincu n’a pas plus d’importance qu’une vieille chaussette : il n’est traité qu’en obstacle à vaincre, et non en prochain, en humain égal. Il serait injuste de ne pas tenir compte de l’énorme pression vers la déformation professionnelle : difficile de survivre comme professeur du Secondaire, sous la montée de la violence et de l’analphabétisme dans les collèges. Pourtant il est des collègues qui parviennent à se souvenir qu’il est d’autres valeurs au monde que de s’imposer comme le caïd dans une classe de petites brutes, et d’autres manières de traiter son prochain que comme un sale gosse à dresser.

Un exemple : l’infirmité posturale permanente. Ce paragraphe est rédigé sur la base de ce que l’intéressée a confié au narrateur, durant ses années de rémission heureuse.

Dans son autobiographie pour l’Institut Primal, dactylographiée par le narrateur, Gazonbleu décrit ainsi sa puberté : « J’enroule mon dos autour de mes seins pour les cacher ». La cyphose dorsale résultante fut si préoccupante que Gazonbleu porta un corset pendant au moins une année. Il semble toutefois qu’aucun médecin n’ait pensé à poser une question à l’adolescente, sur le but qu’elle poursuivait à se voûter à ce point. Il est vrai que la jalousie du parent de même sexe est un des grands tabous du corps médical. Corrélativement, les basses vertèbres perdirent toute souplesse, la zone lombaire devint un bloc fort rigide. Gazonbleu ne parvint plus jamais à dérouler son dos, qui resta un dos de tortue.

            Après la saison 1966 comme moniteur de voile dans une maison familiale à Loctudy, le narrateur garda quelques liens amicaux avec une des familles, celle d’un ingénieur du C.E.A. de Saclay, donc voisin de l’Université d’Orsay. Il se trouve que la femme et les deux filles étaient des beautés. La cadette suivit un cursus de deux ans en IUT (la formule était récente), et un soir au restaurant universitaire, le narrateur la salua au passage, et échangea quelques mots avec elle, avant de poser son plateau plus loin sur une table près des vitrages, en compagnie de Gazonbleu, son amante depuis peu. Là explosa la rage de Gazonbleu envers la statique de cette superbe jeune femme :  « Elle ne se prend pas pour la moitié d’une mandarine ! ». Traduisez : elle a des petits seins, mais qu’est-ce qu’on les voit, tant elle les porte fièrement !

Il serait fastidieux de lire le rapport de tous les autres cris de rage et de jalousie, concernant cette statique bossue. Plus encore que Shakespeare et son Richard III, il faut lire Paul Donald McLean, et son « Les trois cerveaux de l’homme ». McLean détaille les vingt-cinq compétences qui nous sont communes avec des reptiles communs, tels que les lézards et les varans, et qui se suffisent de nos structures nerveuses communes, en place depuis le Permien (voir résumé en annexe). Parmi elles le contrôle des postures de défi ou de soumission, et la détection visuelle en une fraction de seconde de la taille de l’adversaire et de ses postures et signaux sociaux, le contrôle et la délimitation des territoires, la coopération au lézard dominant pour attaquer un intrus.

A ceux et celles qui sont de petite taille, et/ou qui sont affligés de handicaps posturaux, pas besoin de longs développements théoriques pour qu’ils se souviennent de la promptitude du coup d’œil reptilien de leurs contemporains. Ils en savent quelque chose… Pas besoin d’invoquer un inconscient freudien pour saisir que, comme toutes les compétences reptiliennes, cette compétence posturale se passe de tout accès à la conscience corticale : elle dispose de tout ce qu’il faut sans monter plus haut que les noyaux gris centraux, déjà présents chez nos ancêtres du Permien.

Or, la proprioception de sa propre attitude est-elle strictement phasique (uniquement sensible aux variations d’attitudes ; en aviation, un altimètre est statique, un variomètre est phasique) ? Autrement dit, est-elle éteinte par la permanence de l’attitude ? Suffit-il d’être voûté en permanence, pour avoir perdu la perception que l’on n’est pas en posture de défi ni de domination, mais bien de soumission, sans toutefois avoir les moyens physiques d’y changer quoi que ce soit ? L’expérience quotidienne avec Gazonbleu, ainsi que l’examen des bandes d’actualités du régime de Vichy, suivant Pierre Laval avec complaisance, sont clairs : toute leur vie ces bossus-là ont mené une politique de bossus, de vengeance permanente. Il faut avoir vu éclater la joie de nuire de Gazonbleu, perdant soudain sa dissimulation à partir de juillet 1998. Les motivations reptiliennes sont inhérentes à notre héritage, et toute la question est leur place relative devant les autres motivations : les parentales, les filiales, les altruistes, les ludiques, etc.

 

7.7.3    Il faut avoir nié les dépendances envers autrui.

C’est ici que le paranoïaque à gestion sadique ou perverse se détache nettement des jaloux et des érotomanes : ceux-là tentent toujours de gérer une dépendance ingérable envers un objet d’amour qui autrefois se dérobait. Un jaloux tel que Gazonbleu aux premiers temps de sa relation avec son futur conjoint, et dans une moindre mesure les premières années du mariage, se choisit un objet d’amour qui lui semble convenable pour pouvoir rejouer sa lutte contre le parent qui agaçait puis se sauvait, ou redevenait reprocheuse. En sa première année de mariage, la dépendance de Gazonbleu était si grande qu’elle se rua devant une voiture, pour rejoindre son mari plus vite à la fin de l’averse. Il fallut l’emmener à l’hôpital en ambulance pour lui recoudre la tempe. Et ce n’est qu’un exemple parmi les trois plus gros.

La jalousie se révélant désespérément sans objet, Gazonbleu finit par lui mettre une sourdine, et eut un épanouissement visible. Toutefois la problématique de jalousie fut projetée sur la génération suivante ; le couple se fixa sur la priorité d’éviter les jalousies fraternelles, et fut surpris par les résultats : un enchevêtrement transgénérationnel, durablement incestuel.

La dynamique qui intervient plus tard est de dénier l’ancienne dépendance, d’en supprimer toute trace mnésique connue. Puisqu’on ne s’autorise plus à demander, on extorque ou on vole.

 

7.7.4    Il faut avoir de l’inavouable à dissimuler.

Ce point est innovateur, donc pose un problème épistémologique évident : suis-je fondé à généraliser mes observations cliniques personnelles ? Je lui trouve l'avantage d'être fort explicateur des symptômes présentés par les groupes paranoïaques, en régression d'attaque-fuite. Le problème, est que pour l'observateur qui intervient tardivement sur un cas clinique, les moyens expérimentaux de réfutation du présent énoncé, sont inaccessibles. Cela risque de faire de mon observation un irréfutable, donc un énoncé non scientifique. Il faut pouvoir faire une anamnèse approfondie, et obtenir des insights profonds et authentiques, non suggérés - du moins, avec un patient paranoïaque les chances sont réduites que ces insights soient suggérés par l'hypnose du thérapeute.

Être constamment dans la crainte d’être démasqué : c’est la voie royale pour se rendre paranoïaque par filiation d’un ou d’une paranoïaque. Dans ce cas, il n’est même pas nécessaire d’avoir été persécuté d’aucune façon. Il suffit d’avoir longtemps joué cette comédie, et de risquer ensuite de voir la supercherie éventée et démasquée.

Pour l’authentique persécuté, ce qu’il y a à dissimuler, c’est l’énorme haine et l’énorme malveillance qu’on en a conservées. Pour les dissimuler, le plus efficace est de les projeter sur l’extérieur.

Ce qui déroute le clinicien, est que même la paranoïa déléguée est efficace pour donner une grande désorientation dans le temps. En tout cas c’est le cas de la paranoïa déléguée par Syndrome d’Aliénation Parentale, dont je suis le témoin consterné, sur mes enfants. "Syndrome d’Aliénation Parentale" : ce vocabulaire contesté est dû à Richard Gardner. Je lui reproche de manquer de clarté, et d'isoler un truc sans le relier aux autres pathologies dont la genèse est parentale. Nous préconisons donc de le redire en termes plus simple, que chacun comprenne immédiatement : dressage des enfants à servir d'aide-bourreaux d'un de leurs parents. L'inavouable à dissimuler, c’est un phénomène impossible à étudier correctement sur juste l’individu isolé : il faut le resituer dans sa constellation familiale ou groupale. L’inavouable peut bien être qu’on a été complice de la persécution de quelqu’un qui ne vous avait fait que du bien, qu’on a contribué à une entreprise criminelle, parricide pour l’exemple central de cet article.

 

7.8.    La dynamique des surenchères dans des luttes à mort pour le pouvoir.

Vu de loin, un couple fonctionnel composé d’un dictateur paranoïaque et de son espion en chef, tels que Staline-Beria, Henry Ford-Bennett, et Gazonbleu-Frédégonde, semble parfaitement symbiotique, voire en harmonie pour faire la peur dans leur royaume. De près, chacun craint l’autre, et multiplie les précautions pour pouvoir le piéger, et le tenir par la barbichette. Aussi leur est-il indispensable, pour se supporter l’un l’autre, sans que la lutte au couteau entre eux prenne un tour aigu, de se trouver constamment un ennemi commun, un bon bouc émissaire. De la sorte, la guérison spontanée est impossible tant que le couple infernal n’est pas séparé : le système est auto-amplificateur. Cette conclusion semble bien généralisable : toute organisation perverse est sans retour, sans résipiscence, auto-amplificatrice.

Dans l’expérience familiale que le narrateur a bien été contraint de vivre, il a fallu toute une année scolaire d’absence de Frédégonde (1992-1993), puis la montée de la délinquance chez le second enfant, pour que Gazonbleu accepte à nouveau temporairement l’existence de son mari, et commence à baisser le niveau de brimades et sévices à son encontre, privée qu’elle était de sa fille, déléguée à la violence conjugale. Ce rôle filial de déléguée à la violence conjugale n’avait sans doute pas été une bien belle expérience pour Frédégonde, car elle s’en débarrassa bien volontiers, reprenant même une fixation incestuelle sur son père, dès juin 1993, très soucieuse de le séduire avec sa nouvelle chevelure à l’afro. Sans pourtant renoncer à son obsession de divorcer ses parents, toujours dans l’ambiguïté du mobile : pour avoir son père pour elle seule ? Pour se venger de ne pas l’avoir du tout ? Ou pour rester dans sa parentisation envers ses parents ?

Pour qu’un dictateur paranoïaque se débarrasse de son espion en chef, il faut qu’il soit convaincu que celui-ci complote contre lui, ou le vole au-delà des limites. Cela aussi, nous l’avions vécu dans le drame familial, mais la sénescence est intervenue : en 1997, reprise par sa crise de haine, Gazonbleu avait déjà oublié les 100 000 F volés par Frédégonde en avril 1995... Ainsi, contre de nouveaux avantages matériels très substantiels, Frédégonde redevint déléguée à la violence conjugale au cours de l’année 1997. Il est remarquable que son kyste d’idéations et de comportements paranoïaques n’est qu’un introject maternel, dépourvu d’ancrage dans l’histoire précoce. Frédégonde est une personnalité histrionique dans les autres domaines. La pseudo-intégration des deux facettes est réalisée par une mythomanie étonnamment malfaisante. Depuis l’été 1997, le système est bloqué à fond dans la guerre parricide contre le père et mari, et plus rien ne peut le guérir. Tous les autres membres de la famille sont pris en otage.

            Du point de vue du conseil en management ou aussi bien du thérapeute familial, le point corrupteur et désastreux dans la symbiose entre dictateur paranoïaque et espion en chef, est le renversement de hiérarchie. Henry Ford avait placé des espions auprès de chacun de ses directeurs, pour lui dénoncer tout acte de direction, toute initiative. Toute initiative de leur part était sanctionnée par la mise à la porte. A la mort d’Edsel en 1943, les dirigeants américains se sont demandés comment sauver la Ford Motor Company de la ruine où la précipitaient les mœurs paranoïaques du vieil Henry. A Washington, on étudia jusqu’à la nationalisation. Le petit-fils, Henry II, dut prendre la direction à vingt-six ans tandis que son terrible grand-père était toujours là. Son premier geste fut de licencier Harry Bennett, le chef de la police secrète Ford. Par chance, il était d’envergure très limitée. Ensuite, Henry II convoqua les directeurs un à un, et leur fit faire l’inventaire de ce qu’ils savaient faire, de ce qu’ils croyaient nécessaire de faire au poste qu’ils occupaient, et ce qu’ils voulaient faire à l’avenir. Rares furent ceux qui purent être conservés à leur poste, la plupart purent occuper avec succès des postes inférieurs, certains durent être licenciés. Cette histoire de l’empire Ford a pu se terminer bien, car deux conditions étaient réunies : Henry II procura de la sécurité à son grand-père, en reprenant la direction. La paranoïa du vieil Henry de ne lui avait pas ôté l’esprit de famille. Et Bennett, incapable de jouer au dirigeant, n’avait pas su prendre un grand pouvoir personnel qui lui aurait permis d’infliger de lourds dégâts pour rester à son poste, et éliminer Henry II.

            Alexandre Soljenitsyne a décrit le renversement de hiérarchie à travers toute l’URSS. Tout directeur d’usine, et tout son staff, tout responsable politique ou économique, ou militaire, était moins puissant que l’homme du Guépéou, qui venait surveiller chaque réunion et chaque conseil, qui avait le pouvoir d’envoyer au Goulag celui qui avait l’audace de s’arrêter d’applaudir le premier. On a vu les résultats...

            J’ai cité plus haut le cas de Frédégonde, mise en position hiérarchique supérieure à ses deux parents, comme parent de ses parents, de deux façons différentes. D’une part, sous instigation extérieure, elle s’est convaincue qu’il lui revenait d’enseigner à sa mère comment être féminine et attirante, et comment gouverner le monde par l’attrait sexuel, et en tirer tout le profit matériel possible, selon le mode de la prostitution plus ou moins bourgeoise.

 

 

D’autre part, quoique mineure, elle était installée par sa mère comme supérieure hiérarchique de son père, était chargée par elle de le surveiller lors des courses dans les supermarchés « pour qu’il ne fasse pas des achats infantiles », et achetait en cachette avec sa mère pour 25 000 F de canapés en cuir, dans l’espoir d’en faire le commerce de détail, juste par le baratin, sans même avoir la place de les entreposer nulle part (février-novembre 1991)...

 

 

 

Dans le renversement de hiérarchie, aucun directeur ne peut plus faire son travail de direction : il doit se limiter à sa survie. Et le parent tête de turc ne peut plus non plus accomplir ses tâches ni ses rôles de parent. Aussi bien l’enfant complice que les autres, tous partent à la dérive. Ces renversements de hiérarchie pathogènes ne sont pas limités aux cas où le corrupteur est un paranoïaque, mais surviennent facilement dans tous les cas où ceux qui détiennent le pouvoir n’ont jamais assimilé les devoirs de leur responsabilité qui dépassent leur petite personne, mais au contraire corrompent l’organisation en l’asservissant au service de leurs égoïsmes irrationnels, et de leur narcissisme.

Les professeurs qui ont le malheur d’être sous les ordres d’un petit-chef sadique, ont aussi remarqué combien le négativisme des adolescents peut être recruté et exploité par le pervers. Parfois aussi il s’agit de parents d’élèves, parfois il s’agit de collègues « professionnels » dans l’enseignement professionnel (c’est à dire anciens ouvriers ou techniciens), dont le sadisme (en vengeance contre leur propre scolarité) se sert du négativisme, ou du besoin de révoltes chez les adolescents, pour organiser la persécution et la souffrance du professeur disponible pour recevoir les coups. Inutile d’insister sur les dégâts infligés aux adolescents eux-mêmes, que d’avoir profité des avantages de cette corruption, avec garantie d’impunité.

 

7.9.    Les carapaces d’emprunt.

Les carapaces d’emprunt sont discernables dès la récupération des skinheads par une organisation qui les manipule, typiquement les partis d’extrême droite : on leur fournit l’idéologie dans laquelle ils vont pouvoir draper leur confusion, et les modèles d’action où ils servent d’exécuteurs des basses oeuvres. Au cours des siècles, les carapaces d’emprunt ont surtout été fournies par les religions. De nos jours, des sectes et des théocraties utilisent le même subterfuge, pour exploiter les faibles d’esprit. Plus quotidiennement dans nos pays, la xénophobie fournit une carapace d’emprunt à nombre de paumés.

Dans le cas des carapaces d’emprunt, il peut être difficile de discerner les étages de carapaces que j’ai décrit plus haut. Ma description est dépendante d’un minimum d’individualisme dans la société. Dans une secte, ou une théocratie totalitaire, l’individu peut n’être que trop peu structuré pour que les carapaces 1 et 2 soient clairement discernables entre elles. Dans ce cas aussi, la structuration du délire sera purement externe : l’individu entré en secte est intellectuellement incapable de gérer à lui seul les innombrables incohérences factuelles et logiques du délire emprunté (qu’il soit religieux ou politique, la distinction importe peu, et reste superficielle et artificielle).

 

7.10.  Définition proposée

Est paranoïaque la personne qui :

1.     Une au moins des conditions 1.a ou 1.b.

1.a.    A été persécutée à un âge antérieur à la pleine séparation de son Moi d’avec l’environnement, humain et non humain, et évidemment d’avec ses parents, et qui a internalisé son persécuteur. Soit typiquement à moins de quatre ans.

1.b    Ou qui exécute la persécution et/ou la folie de quelqu’un qui a emprise sur lui/elle, en particulier qui exécute la folie de son ascendance immédiate, autrefois persécutée.

2.    Qui n'a pas accès à une "position dépressive" au sens de Donald Winnicott et Melanie Klein (ou dit plus clairement, une phase de désillusion), qui n'a jamais appris à en faire un usage créatif ni constructif, n'a jamais appris à l'apprivoiser.

3.   Une au moins des conditions 3.a ou 3.b.

3.a.    Qui projette à l’extérieur son persécuteur interne. Autrement dit : qui prête à d’autres personnes les intentions malveillantes qu’elle-même se cache d’éprouver. Mais qui se trompe de persécuteur externe, ayant perdu le contact cognitif d’avec les traumatismes premiers.

3.b.    Ou qui cherche à cacher qu’elle hait et persécute, et se sent persécuté(e) par toute recherche de la vérité qui risquerait de révéler la supercherie.

4.    Qui laisse son persécuté interne régir son interprétation du monde, et ses relations avec ses semblables. Qui par conséquent se sent en danger, se ferme, et surveille... Autrement dit, sa faculté d'empathie n'a jamais pu se construire. Sa théorie de l'esprit des autres se réduit au danger que pourraient apporter les autres, et à leur seule malveillance présumée.

5.    Qui dénie les dépendances, anciennes ou présentes, et cherche à se venger des anciennes dépendances.

6.    Qui dissimule sa frayeur et sa confusion sous une ou plusieurs carapaces successives, de plus en plus manipulatrices, et contrefaisant efficacement la logique. La première carapace de haine (soit passive, soit activiste et combative), est nécessairement présente pour qu’on puisse parler de paranoïa.

 

Des symptômes annexes en découlent. La désorientation dans le temps se rattache au point 1.a. La désorientation envers les personnes se rattache au point 1.b : se tromper systématiquement quant à l’identification des natures et des personnalités des gens, confusions de génération et de sexe, déni de l’autre à être un individu, assimilation systématique d’autrui à des collectivités vagues, mais haïes. L’incapacité à établir des relations amoureuses profondes, et à avoir une sexualité épanouie, se rattache aux points 3.

Les groupes, les familles, et les institutions peuvent être paranoïaques, et cela requiert une autre définition, tenant compte des différents rôles. Plus la paranoïa est collective et institutionnalisée, plus la dissimulation de l’inavouable y domine. Le groupe paranoïaque sert à conforter pour chaque individu la solution paranoïaque et perverse, à des failles et détresses internes, à un sentiment de soi incertain.

 

7.10.2 Correction : Définition abrégée.

La correction est du 29 janvier 2014 : la définition ci-dessus est trop longue pour la plupart des lecteurs, et distingue mal avec les symptômes paranoïdes.

Définition abrégée :

Est paranoïaque la personne qui projette sur autrui sa propre malveillance, sa propre félonie, sa propre mauvaise foi, ses propres impostures, et qui redoute d'être démasquée.

Au contraire, la personne paranoïde a appris par expérience, et n'a pas encore désappris, elle projette le passé vers le présent et l'avenir : elle anticipe qu'elle sera à jamais soumise aux mêmes persécutions et à la même félonie que par le passé.
Une patiente citée par Harold Searles l'exposait parfaitement à une autre patiente, encore paranoïde : "Moi aussi je suis passée par là. Je croyais que tout était à moi, et que tout disparaissait !". Avec effondrement et détresse de la voix sur les deux derniers mots.
L'évolution de paranoïde à paranoïaque est possible, mais non certaine.

7.11   Discussion des frontières du concept.

Une telle définition, et le modèle proposé centré sur les motivations reptiliennes en première carapace, sur des thèmes de l’attaque-fuite, excluent un certain nombre de délires construits : l’érotomanie, les inventeurs méconnus, les quelques savants fous que le narrateur a pu fréquenter, ainsi que les personnalités sensitives. Toutes ces personnalités à interprétations délirantes fortement construites ont en commun d’être insécures dans leur narcissisme. Or il est d’autres manières que la persécution et la méchanceté, pour rendre un enfant incertain de soi et inquiet d’autrui. Par exemple, la négligence, l’ambiguïté ou encore l’histrionisme font l’affaire… Et il nous en reste encore à en apprendre de dures sur les carences parentales précoces. Or dans le développement normal d’un humain, ce narcissisme sécure ou insécure ne peut être limité au seul complexe reptilien, puisqu’il repose sur l’adaptation mammalienne à l’attachement parent-enfant, sur des structures limbiques, voire corticales préfrontales, de la récompense et de sa mémorisation. De plus, d’autres faits non développés ici ont mis en évidence que le bébé puis l’enfant emprunte à l’environnement la plupart des cadres de sa pensée, jusqu’au droit et la technique de penser différemment, de se penser distinct et précieux. Ceci aussi échappe aux moyens reptiliens, mais exige des moyens de recopie du corps et du mouvement de l’autre, qui sont corticaux (aire prémotrice en particulier).

Le regroupement précédemment admis reposait sur le caractère commun d’une forte intervention corticale pour tisser toute une paralogique autour des motivations de première carapace. Aussi bien ce regroupement que celui que je propose, ont le caractère d’autothéorisations égocentriques. Regrouper autour du fort tissage néocortical, c’est se centrer sur l’inconfort du psychiatre à entrer dans le délire compact du patient. Alors qu’ici l’auteur a été motivé par l’inconfort, pour ne pas dire le supplice, de celui qui a dans sa famille un jaloux paranoïaque, puis un pervers paranoïaque amplifié par ses supplétifs et complices. Le familier qu’est l’auteur est surtout frappé par les motivations reptiliennes : territoire, domination, prédation, argent, agression, méfiance.

            Si on se recentrait sur l’individu souffrant lui-même, il faudrait plonger dans la jalousie de Gazonbleu envers ses petits frères, nés quand la vie était matériellement bien moins dure, et aimés pour leur genre de garçon, dans la jalousie de Gazonbleu envers les fillettes qui avaient le droit d’inviter leurs copines à la maison, dans la jalousie de l’adolescente envers d’autres adolescentes mieux soutenues et mieux émancipées, dans la jalousie de Gazonbleu si désarmée pour mener une vie sentimentale et pour échapper à la maison parentale, dans la jalousie de Gazonbleu si bossue devant des jeunes femmes au port altier. Il faut tenir compte de toutes ces demandes d’amour et de reconnaissance qui n’avaient pas abouti, pour commencer à pénétrer l’ampleur et la violence du déni qui s’est ensuivi.

            La biographie familiale, et l’anamnèse partielle ne permettent pas de prédire que les tendances paranoïaques de Gazonbleu basculeraient en quelques années de la problématique de la jalousie, désespérément sans objet sous son avatar de jalousie amoureuse, à la forme perverse qui triomphe actuellement, en passant par l’avarice dévorante. Le seul détail à rehausser pour lui donner un caractère prédictif, reste les entraînements à la dissimulation : dissimuler la jalousie envers les petits-frères afin d’éviter des punitions, dissimuler quelques actes hostiles afin de faire engueuler sa mère par son père (les crottes de nez sous les chaises). Or la dissimulation poussée à ce point révèle l’insécurité dans laquelle grandit Gazonbleu.

Une question n’est pas résolue : est-ce bien la montée des inavouables à dissimuler, qui fut l’élément déterminant ?

Une évolution à questionner : de la jalousie paranoïde, vers la passion avaricieuse. 

Bien que la forme jalouse d’abord, la forme avare et la forme sadique ensuite, se sont succédées dans la même personne, les structures diffèrent sensiblement. La forme jalouse reconnaît une dépendance envers l’objet d’amour : envers les parents dans les épisodes de jalousie fraternelle, envers le conjoint dans la jalousie à prétexte amoureux. Or, cette dépendance est gérée par des structures limbiques, typiquement mammaliennes, développées à partir du Trias et du Crétacé, quand nos ancêtres, de très petite taille, ont élevé leurs petits dans leurs terriers, au lieu d’abandonner leurs œufs, et qu’ils ont dû développer des moyens de reconnaissance et d’attachement, notamment vocaux.

            L’événement discriminant est fréquemment la révélation que l’amour et les faveurs parentales vont à une autre personne, typiquement un puîné. Alors commencent les larcins révélateurs : la personne reprend tous les objets qui échappent à son contrôle, qu’elle estime qu’on lui a volés, puisqu’elle les considère comme faisant partie d’elle-même, et qu’elle constate avec dépit et rage qu’ils refusent de lui obéir, disparaissent, sont emportés par d’autres personnes qu’elle-même. Sur le mode jaloux, la personne enrage de toutes les qualités et de tous les bonheurs qu’ont les autres, et cherche à nier ces qualités, à leur arracher ces bonheurs. Pour la personne jalouse et avaricieuse qui est au centre de notre étude, cela commence à la naissance des petits frères, joint à la dissimulation de la jalousie, pour ne pas se faire prendre et punir. Toutefois, une jalousie fraternelle ne devient paranoïde que dans le cadre déjà paranoïde découlant d’une persécution précoce, avant séparation du moi. Ici, la persécution par la mère se composait d’une instabilité et d’un double jeu imprévisibles, d’une interdiction d’avoir une intimité, d’un comportement fort intrusif : « Enfin ! Pourquoi tu fermes ta porte ? Qu’est-ce qu’une fille a à cacher à sa mère ! », et d’une agression à l’identité sexuée, Gazonbleu prenant la place d’un frère aîné, mort à un an. Les larcins et les rapines d’avaricieuse viennent en substitut de l’amour maternel qui lui fut si chichement concédé.

            On peut encore se demander si la déformation professionnelle déjà détaillée aurait suffi, avec son addiction presque inévitable à la relation inégale. On doit constater combien la dégradation du métier de professeur du Secondaire (les 10-16 ans) produit souvent sur eux une dégradation psychique, les déshumanise, crispés sur la relation inégale, sans même la consolation de la relation à leurs pairs (ils n’ont pas le temps), ni de la relation au savoir, qu’ils perdent si vite. Il reste que la brutale fermeture de Gazonbleu à tout son passé, suite à l’abandon désinvolte par l’Institut Primal, est un événement majeur et irrattrapable. Cette femme fut soudain sans passé, sans sentiments reconnus, excepté de la rancœur inextinguible. Elle se consacra désormais à un agir frénétique, fuyant toujours plus vite dans l’activisme avec ou sans but.

            Le modèle en trois carapaces ici proposé ne rend compte ni des autres formes non persécutoires, non basées sur la haine, ni de la dynamique du changement de mode, durant les périodes transitoires où l’individu modifie sa carapace, se met à renier la dépendance de son narcissisme envers les regards des autres, quand au lieu de gérer intelligemment l’interdépendance, il commence à pratiquer la négation d’autrui, et le contrôle absolu d’autrui. Le modèle proposé ne rend compte que de la structure qui résulte de l’aboutissement du déni, et ne rend pas compte du processus d’appauvrissement psychique qui précède l’installation dans l’obsession de la persécution et de l’attaque-fuite sous une forme active, mixte ou passive : active en persécutant autrui, passive en le soupçonnant de vous persécuter, mixte souvent, dans des guerroiements sans fin, en particulier dans le cas de la passion avaricieuse.

            Une voie de progrès serait d’étudier davantage le processus de dissimulation de la jalousie, et de l’entraînement qu’il donne à gérer les difficultés de la vie par la dissimulation et le déni.

 

7.12.  Tester les performances prédictives du modèle.

Si l'on s'écarte de la démarche au ras de l'observation béhavioriste à court terme, on doit prouver que l'on gagne, au moins en valeur prédictive, et si possible en valeur thérapeutique, à ne plus définir une maladie mentale par ses seuls symptômes les plus immédiats (façon DSM III et IV), mais par la structure profonde des carences subies, et des adaptations élaborées par l'organisme. J'ai en effet été amené à rassembler comme relevant d'une même structure de base aussi bien les cas archétypiques de délires de persécution, et des cas de perversité, où la personne se convainc d'avoir bien raison de persécuter son bouc émissaire, cumulant les efforts pour nier, dissimuler et néanmoins justifier ses actes. Claude Olievenstein avait procédé à la même assimilation.

            En effet, seule la connaissance de cette structure profonde permet de prévoir de quelle façon la personne déforme (« interprète ») tout ce qu’elle voit, tout ce qu’elle entend, tout ce que vous lui manifestez.

            J’espère avoir été utile au lecteur. Si des études de longue durée existent autour de grands paranoïaques, au règne sanglant, il me semble qu’on en manquait chez les petites gens, les gens d’apparence ordinaire. Il serait utile d’une part que mon supplice au long cours sous le harcèlement d’une paranoïaque, d’autre part que l’évolution effroyable des enfants pris dans son champ de déformation de la réalité, et dans son besoin de guerroyer, soient connus et analysés dans un large public, et que cette expérience éprouvante soit largement connue.

           

 

Pseudonyme d’auteur : Genevrier

 

Références :

Dr Jean Thuillier. La folie. Histoire et Dictionnaire. Robert Laffont.

Harold F. Searles. L’effort pour rendre l’autre fou. NRF Gallimard. (Collected Papers on Schizophrenia, and related subjects).

David H. Malan. Psychodynamique et psychothérapie individuelle. Pierre Mardaga éd. (1979).

Jay Haley. Tacticiens du pouvoir; ESF 1984.

Claude Olievenstein. L’homme parano. Ed. Odile Jacob 1992.

Ronald K. Siegel. Etes vous parano ? Le jour Ed. 1995 (« Whispers » 1994).

Peter F. Drucker. La pratique de la direction des entreprises. Editions d’Organisation 1957 (1954).

Genevrier. Mémoires, Volume 2 : Refondation.  Si tu peux voir détruire en un jour l’œuvre de ta vie, et en disant enfin les mots longtemps interdits, te mettre à rebâtir... (2000). Volume 1 : Ta mission est de supprimer ce témoin gênant, ton père. Monographie : un harcèlement en famille et les dénis qui le maquillent.

Françoise Hamel. IDA, histoire d’une parricide. Flammarion 1994.

Paul Donald McLean et Roland Guyot.  Les trois cerveaux de l’homme. Robert Laffont, 1990 PARIS.

 

 

Annexe 1 : Résumé de ce que nos ancêtres savaient déjà faire voici quelques 306 à 312 millions d’années (au temps de Hylonomus Lyelli).

Que sait faire un lézard ? Et que nous ont légué ces ancêtres communs pélycosaures, voire les amniotes bien avant eux ?

Il sait s’approprier un territoire : le choisir, le délimiter, identifier ses lieux préférés, l’arpenter et en connaître les moindres recoins, le marquer, préparer son gîte.

Il sait défendre son territoire : le surveiller, pratiquer les rituels de défense de territoire, il en maîtrise les défis, les couleurs, les postures et les déploiements d’ornements, il sait se battre pour défendre son territoire ou pour en conquérir un, il sait faire une parade de triomphe en cas de succès, dans le cas contraire, il sait par sa posture et sa coloration, marquer sa soumission.

Il sait utiliser son territoire : il a des lieux d’excrémentation, il sait chasser, avec persévérance, ruse, camouflage, il sait s’abriter et gîter, il sait cacher et thésauriser, il sait former des groupes sociaux, et y établir une hiérarchie sociale, par parades rituelles ou autres moyens, il sait procéder à une reconnaissance rituelle. Il sait d’un coup d’œil évaluer si l’autre est plus grand ou plus petit.

Il sait socialiser le territoire : il sait toiletter le partenaire, séduire par des parades, avec couleurs et ornements, il sait s’accoupler, il sait donner naissance à des rejetons, dans quelques cas les surveiller, il sait s’assembler en troupeaux et migrer en troupeaux.

 

Quand la tâche est de sa compétence, le cerveau reptilien qui est en nous, fait ce qu’il a à faire. Aussi bien chez les oiseaux, les reptiles, les mammifères, et même les humains, les parades de défi sont étonnamment semblables : elles n’ont guère changé en 312 millions d’années. C’est un spectacle frappant de voir deux chefs de bandes de loubards se défier de deux coins de rue la nuit : à qui sera le lézard le plus cabré, le plus haut de menton, le sexe le plus exposé, les poings les plus serrés et les plus détachés du corps. Mêmes inoubliables réflexes saccadés de lézard en posture de défi, chez une jeune gymnaste, après chacun de ses parcours acrobatiques; impossibilité manifeste pour elle d’avoir aucun relâchement des muscles de la posture de défi, possédée de son besoin d’on ne sait quelle revanche inhumaine. Dans les deux cas, le loubard et la gymnaste, un corps athlétique, à la musculature superbe, mené par des sentiments plutôt hideux, aux yeux du narrateur.

Quand on a eu le douteux privilège de fréquenter des gens pervers, ou paranoïaques, ou avares (voire la combinaison des trois), on ne peut qu’être frappé par la régression chez eux des fonctions limbiques, la disparition des goûts ludiques, la disparition de toute empathie, l’obsession de la prestance, de la domination, du territoire. Ce sont des gens qui se replient sur leur seule personnalité reptilienne, d’animal égoïste, prédateur ou charognard au sang froid. Et plus ils mettent d’intelligence néocorticale au service de ces motivations reptiliennes, plus ils sont dangereux.

Clairement, pour avoir inhibé à ce point ses fonctions et ses motivations limbiques, il faut leur avoir associé bien des désagréments, des punitions, des dangers.

 

 

Annexe 2 : Protocoles expérimentaux. Un de nous deux est fou. Lequel ? Ou les deux ?

Soumis à un tel harcèlement, le narrateur a eu le problème pressant de comprendre au juste où l’on en est, et savoir si on n’est pas à son tour en train de sombrer dans un Mælstrøm de délires à deux. Lequel est le principal délirant ? Quelle est la ponctuation réaliste, dans une relation devenue totalement pathologique ?

Il a fallu expérimenter, créer des situations neutres, où l’on pourrait observer si les procès d’intentions fuseraient. Et ils fusèrent. Sur trois expériences, en voici une seule, en style direct :

« Une rentrée de septembre (entre 1989 et 1992; 1992 est le plus probable), Gazonbleu profite de mon voyage professionnel à Paris, pour me confier une longue liste de livres scolaires à prendre chez les éditeurs, pour elle, pour les enfants, et pour deux collègues. Il faisait très chaud et tous ces livres pesaient fort lourd en plus de mes propres bagages, à traîner à travers le Quartier Latin, puis de la gare à la maison. Je rentre donc harassé, douloureux, et sentant énormément la sueur. Désireux d’en avoir le cœur net, j’ai l’inspiration de cacher un peu les sacs de livres derrière un meuble de mon bureau, et de m’asseoir pour souffler un peu, et voir arriver les événements. Gazonbleu déboule bientôt ; évidemment aucun mot concernant mon état de fatigue, ou mon odeur forte, oh non ! une seule phrase après un sévère regard inquisiteur, affirmant :

Tu n’es donc pas allé chercher les livres que je t’avais demandés ?

- (un temps de silence) Décides-en toi-même.

- Ah ! Le salaud ! Je savais bien qu’on ne pouvait jamais compter sur lui !

- Je t’ai dit d’en décider toi-même. C’est donc ça ta décision ?

Et Gazonbleu monta toujours plus haut dans sa violence verbale... Elle n’écoute jamais ce que je dis. Elle se contente de vérifier si mon obéissance est totale, ou non.

Depuis ce jour, je sais qui est quoi[ii]. Je sais qu’il serait irréaliste d’avoir de la pudeur quand vient le temps de supputer quelle sera la réaction de Gazonbleu : seule une prédiction si pessimiste et si malveillante qu’on ait grand honte d’y penser, réussira à prédire correctement, et les autres échoueront.

Avant ce genre d’expériences neutres, je n’avais que la régularité des interruptions précipitées, et de leurs raisons ahurissantes. Déjà décrites dans le chapitre de la sensorialité auditive, et de ses avaries. »

Fin de citation.

Extrait de la monographie : « Ta mission est d’éliminer ce témoin gênant : ton père. »

 

 

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[i] Cette propension à confondre l’autonomie de la personnalité avec le caractère paranoïaque de la personnalité culmine lorsqu’on catalogue Charles de Gaulle (1890-1970) comme « paranoïaque, ou au moins de façon créative », ce qui est un comble du grotesque. Ô faiblesses mesquines de la nosographie débraillée ! Charles de Gaulle ni n’a connu de persécutions externes dans sa petite enfance, ni n’a charrié aucun persécuteur interne. Certes, il avait une statue interne exigeante, certes il était hautain, facilement méprisant, parfois détestable, et son humour est resté en deçà de sa vaste culture. Certes son orgueil cassant lui servait de cuirasse à quelques anciennes blessures ou humiliations. Mais alors que le paranoïaque cherche à réduire le vaste monde aux délires de sa petite personne, Charles de Gaulle a commencé par se donner une sublimation monumentale à ses sentiments oedipiens, sous la forme « Je me suis toujours fait une certaine idée de la France », puis s’est donné les moyens de réussir les missions, dépassant de loin sa petite personne, pour sauver sa « certaine idée de la France » de ses persécuteurs externes, correctement identifiés dans la réalité.

Un seul épisode de la biographie de Charles de Gaulle va dans le sens de la catégorisation en parano, est la mémorable engueulade envers Jacques Soustelle, au temps du RPF, quand Soustelle s'était rendu à l'Elysée, appelé en consultation par Vincent Auriol : "Et dans tout cela , qu'est-ce que je deviens, moi ?". Le seul épisode...

Tout le reste témoigne bien au contraire d'un homme de devoir extrême, constamment au delà de sa petite personne. Même les algarades en manoeuvres à l'Ecole supérieure de guerre : "Mais en agissant ainsi, vous faites une faute qu'un sergent-chef  ne ferait pas : vous perdez le contact avec l'ennemi !"

[ii] Erreur, ce protocole ne prouve rien du tout concernant son auteur et narrateur. Il prouve seulement que Gazonbleu vit dans la haine et le contre-étayage permanent, à l’époque des faits (et encore davantage depuis du reste). Mais tout reste à investiguer quant à la nature de l’interaction de Genevrier avec autrui. Si l’on rapproche son chapitre de 25 pages “La science comme identité ? Ou l’esprit scientifique ?” (volume 2 de ses Mémoires) du caractère systématiquement haineux des postures des imposteurs envers Genevrier, on doit soupçonner chez lui aussi un contre-étayage : quand il voit un mensonge en position de force, voire de toute-puissance, il cherche son point faible pour le déstabiliser. A la façon de l’oiseau qui nargue le loup dans « Pierre et le loup », Genevrier s’intéresse aux monstres pour les narguer, et cette fois, maîtriser la situation : tel est l’héritage de son passé d’enfant souffre-douleurs.

Pour quelqu’un au narcissisme fragile, qui recourt à toutes sortes de stratagèmes, jusqu’à la mythomanie, pour se valoriser, la constante recherche de vérité de Genevrier est vécue comme persécutoire. Pour un meurtrier ou une meurtrière qui rate son coup, la survie aussi de la victime aussi est persécutoire : il/elle a laissé en vie un témoin, donc un persécuteur potentiel !